FAQ

Pourquoi se former à la communication orale ?

Qui n’a jamais bafouillé devant un public ? Rougi ? N’a jamais eu le regard fuyant ? Perdant mots et moyens ? Qui n’a jamais manqué de souffle, de voix ? Manquant soudain d’à-propos ? Et pourtant, tout était là, le travail de préparation sur le contenu, les conseils de toutes parts, les encouragements, des amis, des collègues, des coachs...  ces derniers ajoutant une pression supplémentaire !

Aujourd’hui il y a une demande croissante des compétences liées à l’éloquence et à la prise de parole en public. Mais on oublie trop souvent qu’elles relèvent de multiples apprentissages spécifiques qui ne s’improvisent pas. L'art de la parole touche à notre histoire, à nos blessures, à nos engagements. Changer quelque chose à ce niveau-là bouscule nos à priori, questionne nos croyances et nos valeurs. Derrière les mots, il y a une pensée, des représentations, une vision du monde, notre passé et ce que l'on projette vers le futur, c'est-à-dire notre identité. Notre voix est par exemple le reflet de notre personnalité toute entière, de notre rapport émotionnel aux autres.

La philosophie d'inventiO et les valeurs portées que je porte prennent leur source chez un grand pédagogue, un maître de la parole. Je l'ai rencontré lors de mes études d’ingénieur, il m’a transmis le métier pendant près d'une décennie. J’ai eu l’opportunité d’enseigner tôt l'art oratoire, dans le supérieur, il y a une quinzaine d’années. Puis dans la formation professionnelle. Parmi les quelque 1500 personnes que j’ai fait travailler, une très infime minorité avait conscience des enjeux réels liés à l’art oratoire ! Toutes et tous ont besoin de s’améliorer. De se défaire de croyances limitantes. Beaucoup sont soumis au stress ou à des peurs sans en faire la différence, sans savoir quoi en faire. Les techniques et l'approche d'Inventio ont à chaque fois permis de dépasser ces difficultés et de progresser avec une confiance renouvelée.

Qu'est-ce que l'éloquence ?

L’éloquence est sans doute la capacité à faire corps avec ce que l’on dit (on appelle cela la congruence). Les oratrices et les orateurs qui ont de l’éloquence savent aussi poser les silences au bon endroit, au bon moment. Qu’ils soient respirants et assumés ces silences ! C’est donc la capacité à créer du rythme, des variations vocales pour donner une dimension émotionnelle au discours. Nul besoin d’être virtuose comme le pensent beaucoup, mais de faire participer les auditeurs passifs qui deviennent des interlocuteurs actifs parce qu’ils se mettent à s’approprier le discours, à y répondre, à imaginer ce qu’ils en pensent, à se projeter dans ce qui est raconté. Et quand on suscite l’émotion et qu’on active l’imagination, la compréhension, on montre que l’on a confiance en l’auditoire. Quand on a de l’éloquence, on peut devenir stratégique. Inclure l’autre, rayonner, va permettre de poser une intention claire et stimulante pour l’auditoire. Être éloquent serait sortir de notre enfermement mental pour réinvestir le corps, le cœur, le mouvement. Faire l’expérience d’être en prise directe avec l’auditoire par le regard, avec des appuis stables, une voix relâchée qui résonne, englobante, chaleureuse. Ne pas être un sachant, mais un être relationnel dialoguant. J’aime cette phrase de Jean Piaget : « L’intelligence ce n’est pas ce qu’on sait, c’est ce qu’on fait quand on ne sait pas. » Je crois qu’il y a là un mélange entre rigueur et créativité.

Pourquoi a-t-on peur de parler en public ?

Nous avons survécu depuis l'aube des temps en mesurant notre peur dans un environnement qui pouvait devenir hostile. La peur est une réaction de défense et de protection qui nous met en mouvement dans les meilleurs des cas, mais qui peut nous immobiliser, nous paralyser, et parfois nous pousse à contre-attaquer, nous rend hargneux, voire agressifs (ce qui est mal vu et souvent condamné dans notre société, et comme nous avons très peur que cela puisse arriver...) Or la peur est normale ! Elle est nécessaire. En voulant s’en débarrasser, on la renforce ! Nos peurs se confondent avec le stress, avec des sensations intérieures mal connues, des erreurs d'interprétation ou de communication, avec un ensemble de symptômes combattus qui finissent par produire l'inverse de ce que nous voulions : les peurs s'intensifient et deviennent massives. On se coupe alors des autres, ce qui est l'inverse dont nous avons besoin pour communiquer... Mais quoi que nous fassions, nous communiquons ! Ne pas communiquer est impossible : se mettre en retrait est une manière d'envoyer un message. La peur de parler en public est donc inhérente à l’exercice de la parole adressée à autrui. Cette peur a besoin d’une expression et d’une place pour pouvoir délivrer ses potentialités. Oui, nos peurs sont des ressources, parce qu’elles cachent quelque chose d’important qu’on n’ose pas aborder, et qui voudrait être exprimé.

Pourquoi certaines personnes sont-elles plus éloquentes que d'autres ? Est-ce quelque chose d'inné ou qui s'apprend ?

Cette question revient souvent. Elle est à la fois légitime et incroyable ! En 2022, nous en sommes encore là, dans cette croyance qu’il y aurait quelque chose de « naturel » ou d’« inné » dans l’art oratoire (pour un peu certains croiraient au surnaturel)... Le fameux fantasme du talent... il y a parfois des personnes qui ont appris, c’est vrai, par leur milieu ou grâce à un travail approprié... Mais ne croyez pas qu’ils n'aient pas de marge de progression, au contraire ! Ne vous y trompez pas : la communication orale est éminemment culturelle, elle s’apprend ! Quand on met les gens dans cette relation à eux-mêmes et aux autres où ils peuvent utiliser leurs pleines potentialités psycho-physiques, et qu’on les aide à trouver leur respiration profonde, leur voix pour qu’elle vibre dans l’espace, mais aussi comment construire un récit avec les briques de base de la rhétorique, les expressions d’enchaînements du discours, comment ancrer leur parole dans un contexte... il se passe quelque chose d’infini, de libérateur et de magnifique : ils affrontent les situations de stress et leurs peurs avec courage, et cela devient un vrai moteur pour la vie ! Ils osent le risque de la rencontre. Situation révélatrice, certes, mais très concrète, très simple en fait.

Qu'est-ce que la rhétorique ?

La rhétorique est l’ensemble des moyens qui visent à convaincre l’auditoire. La manière de structurer, d’argumenter, d’utiliser les mots et la syntaxe pour induire une compréhension. Nous utilisons des moyens rhétoriques constamment sans bien nous en rendre compte ! Quand on veut convaincre que notre choix de restaurant est le bon par exemple... J’aime que la rhétorique soit discrète et non sophistiquée, « L’art est de cacher l’art » disait l'orateur Quintilien. On a peur de la manipulation, mais si on ne sait pas comment cela fonctionne, on ne saura pas distinguer une rhétorique éthique d’une rhétorique malveillante. De plus en plus, j’ai l’impression qu’éloquence et rhétorique se donnent la main, puisqu’un argument peut se raconter, et qu’un long silence peut être stratégique.
Puisqu’un message comporte toujours deux dimensions conjointes : l’une liée au contenu et l’autre à la relation, où fond et forme se confondent souvent. Si je demande l’heure au café à une jeune femme, elle va entendre le niveau « contenu » (le besoin d’être informé) et... le niveau « relation » (veut-il entrer en relation avec moi ?). Et ce message relationnel a deux aspects, l’un qui est imprévu, inédit, inconscient, improvisé, qui souvent fait peur, lié à l’éloquence, et l’autre qui est construit, confiant, conscient, davantage lié à la rhétorique. Toute la question est de réconcilier les deux pour que ça devienne fluide, incorporé et spontané. Toute la difficulté et donc la beauté résident dans le fait que ça devienne une compétence quasi-inconsciente.

Comment est-il possible de développer son éloquence dans un environnement de travail très masculin ?

Une majorité de mes apprenant·es pro qui s'adressent à moi sont des femmes, souvent jeunes mais pas seulement. Je crois qu’elles cherchent à se défaire du qu’en-dira-t-on, du sexisme ambiant encore bien présent, de leurs maladresses ou de leur timidité souvent induites culturellement par la domination masculine des mots. C’est incontestable, c’est historique. J’aime ces accompagnements-là. Souvent elles ne se trouvent pas assez intéressantes, ce qui est faux bien sûr... Dernièrement, une jeune femme qui travaille dans le secteur bancaire a trouvé dans notre travail les moyens de s’affirmer (auprès de ceux-là mêmes qui ont cherché à la dissuader de s’inscrire à ma formation d’éloquence !). S’affirmer oui, mais pas avec les moyens du virilisme ! Elle a su trouver sa légitimité grâce à sa posture, sa voix en la plaçant mieux, et à ses mots ayant appris à débattre, à utiliser quelques moyens rhétoriques pour décocher des flèches... avec diplomatie ! Car elle a développé une écoute de la manière dont on lui parlait, et a affronté ses doutes. Elle m’a dit que ce travail l’avait transformée, et qu’elle y avait puisé une immense confiance. Au point où elle a tenu tête à un cadre de direction de 60 ans en négociant un poste plus avantageux que ce que l’on lui proposait. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres ! Récemment, un ingénieur de 63 ans m’a remercié. Grâce à notre premier rendez-vous, il a enfin accepté la dimension féminine de sa voix ! Cela change tout : plus besoin de forcer, la voix vient du ventre, trouve sa résonance au lieu de s’étrangler dans la gorge.

Qu'est-ce que le charisme ?

Le charisme est lié à la séduction, un mélange entre détente intérieure et engagement relationnel. Celles et ceux qui ont du charisme ont cette aura particulière qui tient à la congruence (cohérence entre gestes, voix et sens des mots). Et surtout ils savent comment la partager. Ils ont ce don de savoir créer une vibration qui emplit l’espace. Ils sont hypnotiques par leur rythme vocal ou leur manière d’utiliser leurs mouvements. Néanmoins, on n’a pas du charisme tout·e, seul·e, cela dépend des autres ! Je dis à mes apprenant·es : ton attention nous rend attentifs. Les orateurs charismatiques ont l'assurance que ça passe, ils ont la capacité à dialoguer et à donner de la place à leur auditoire. Nous oublions le temps de la montre avec eux !

Comment améliorer ses relations et sa communication orale au travail ?

L’éloquence au travail passe par ce que j’appelle le contrat d’engagement qui précède toute intervention, en préparant ses interlocuteurs, en les rassurant, en méta-communiquant (parler de sa façon de faire ou d’être ému). Je crois qu’il y a un besoin... un appel même... au sein des entreprises, à mieux reconnaître la dimension émotionnelle dans un climat de confiance où le consensus remplacerait le compromis. Pour développer votre éloquence, je vous conseille de vous entraîner à pitcher à la maison, en vous donnant une contrainte de temps, et vous pouvez vous enregistrer. L’occasion de tester des choses et de les essayer ensuite au travail. Enlevez les tics et scories, et vous les remplacez par des connecteurs logiques et des respirations. Ne préparez pas seulement le contenu de vos interventions : préparez-les en vous connectant à vos doutes, à vos peurs, en affûtant quelques formules, en prévoyant un déroulé avec quelques mots-clés, en imaginant des hypothèses de ce qui peut se passer...

Est-il possible de développer mon éloquence au quotidien ?

Quand je vais à la boulangerie, je regarde dans les yeux la vendeuse, j’attends qu’elle s’adresse à moi, souvent elle me sourit, je souris aussi et je respire avant de lui dire clairement ce que je veux... et nous en profitons inévitablement pour nous demander comment va la journée pour l’un et l’autre, pour échanger quelques mots. Je rentre chez moi et je demande à ma compagne de me raconter ce qui s’est passé lors d’une réunion ou autre. La qualité relationnelle dépend de cet art simple de la parole adressée, claire, donnée, lisible, une « éloquence du quotidien », qui pourtant conditionne nos vies. De plus, « On ne peut pas ne pas communiquer » disait le psychologue systémicien Paul Watzlawick : quoi que l’on fasse, nous communiquons ! Le refus de communiquer porte un message. Attendre de répondre à un message est une façon d’envoyer un message implicite. Se taire peut être interprété comme une écoute ou comme une contrariété ; or avoir de l’éloquence c’est justement apprendre à soigner la qualité du message relationnel adressé à l’autre. En somme, tout comportement est un message et a une fonction sociale. De plus, les mots que j’emploie influencent ma pensée !

Comment puis-je développer mon éloquence dans ma vie personnelle ?

L’éloquence du quotidien c’est parvenir à bien choisir ses mots, les articuler distinctement. C'est oser parler pour certain·es et pour d'autres c’est surtout apprendre à écouter ! Tout le monde est amené à apprendre à lire les réactions de l’autre sans les surinterpréter, en vérifiant à tout moment la validité de ce que l'on ressens ou pense.

Parler nécessite une écoute fine d’autrui... Ce que nous voulons c’est être entendus, reconnus, considérés, n’est-ce pas ? Mais nous-mêmes, savons-nous être suffisamment éloquents dans l’écoute d’autrui pour lui dire avec tact et avec les mots justes ce que nous attendons de lui, pour lui dire que nous avons entendu ce qu’il nous dit ? Ce n’est qu’à cette condition que nous sommes légitimes pour nous affirmer auprès de l’autre. Et parallèlement, ce serait aussi d’apprendre à écouter les voix qui surgissent dans nos têtes pour sélectionner celles qui comptent. Apprendre à s’écouter, comme on dit. Je vous conseillerais de pratiquer la lecture à voix haute, avec lenteur, adressée à un·e proche. Et de profiter des repas amicaux ou familiaux pour prendre la parole afin de raconter un événement, tout en organisant votre parole, en observant les réactions de vos proches...