Prise de parole en public, ce n'est pas juste délivrer de l'information : c'est créer de la relation
- Joseph Rottner - inventiO

- il y a 4 jours
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Dernière mise à jour : il y a 3 jours
Quand un professionnel prend la parole dans un contexte à enjeu — une négociation tendue, un client méfiant, un partenaire froissé, un manager sceptique — il est confronté à un défi qui dépasse largement le contenu de son discours. Ce qui se joue dans ces moments-là, c'est la qualité de la relation qu'il parvient à créer avec son auditoire. Et cette qualité de relation commence par une compétence trop souvent négligée : la gestion de ses propres émotions.
On ne peut prétendre gérer les émotions d'autrui sans savoir gérer les siennes. C'est la condition sine qua non pour désamorcer un conflit, débloquer une négociation ou restaurer la confiance face à un client. Avant même de penser à son message, l'orateur ou l'oratrice doit se connecter à l'émotion de son public, parler son langage, se nourrir de son écoute et placer son auditoire au centre de son attention.
Privilégier la rencontre au message :
Créer une qualité de relation fonde votre prise de parole en public
L'orateur accompli construit son propos à partir des questions que se pose l'autre. Le cerveau humain détecte instantanément si l'orateur est centré sur son propre contenu ou s'il est en vigilance pour l'autre, attentif à la situation complexe et à l'enjeu commun. Il faut donc privilégier la rencontre au message. Créer une qualité fine de relation lors de votre prise de parole en public.
Pour y parvenir, trois actions sont essentielles. D'abord, se taire. Prendre le temps, compter dans sa tête de trois à cinq secondes pour stimuler l'écoute du public et installer le silence. Ensuite, commencer par des phrases très courtes. Respirer, interroger du regard, réagir aux réactions du public, nourrir cette connexion naissante et montrer que l'on est à l'écoute, même quand on nous a donné la parole. Enfin, parler avec simplicité, comme on s'adresserait à des enfants de douze ans : exercer une influence plutôt qu'imposer un message ou un mot d'ordre.
L'influence plutôt que la persuasion forcée
L'influence véritable, c'est renoncer à avoir raison. C'est poser des questions, faire réfléchir, amener l'autre à reconsidérer ses positions doucement, pas à pas. C'est l'associer à un processus logique ou à une expérience commune. Les faits et les arguments sont indispensables, bien sûr, mais ils doivent toujours prendre pour base les besoins de l'auditoire.
Il s'agit d'installer un cercle d'écoute, de placer l'autre au centre du message. Votre interlocuteur est le personnage principal de l'histoire que vous racontez. Le coeur de votre intervention, c'est lui, c'est votre public. Vous lui donnez la parole, et ponctué de silences, votre discours lui offre à chaque instant la possibilité de reprendre la parole, de vous interrompre, et donc d'établir dans sa tête sa propre vérité, sans que ce soit obligatoirement la vôtre.
Les 30 premières secondes décident de tout
L'orateur ou l'oratrice accomplie offre au public un espace où exister, être présent, être à l'aise, avoir confiance. On peut être en désaccord sur des sujets et pourtant être en parfait accord dans la communication. Parler en public, ce n'est donc pas délivrer de l'information : c'est créer de l'écoute, c'est créer de la relation, c'est rencontrer — y compris des personnes que l'on connaît depuis longtemps — et imaginer à l'intérieur de soi que c'est nouveau, qu'il y a une page blanche.
Dans ces vingt à trente premières secondes, au début d'une intervention, toute la relation est jouée. En évitant de plonger directement dans le contenu pour donner priorité à la connexion humaine, vous vous mettez en sécurité intérieurement. Dans les secondes qui suivent, envoyez un signal fort : montrez que vous écoutez et que vous êtes là pour votre public. Ainsi, vous démarrerez en mettant l'autre à l'aise plutôt qu'en plongeant dans votre contenu.
Pour conclure, donner sa place à l'autre, c'est se donner une place à soi-même. C'est une intention de communication qui devrait surplomber toute stratégie oratoire. Deux mots pour guider votre action : assertivité et authenticité. Incluez l'autre dans votre écoute, incluez l'autre dans votre discours. Le coeur de votre prise de parole, c'est lui.




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